#REX : changer les modalités des formations Simplon à l'heure du confinement COVID19

Switcher les formations en distanciel pour cause de COVID19 tout en restant inclusif et en maintenant une approche en pédagogie active : making-off technique, pédagogique et premiers retours d'expérience par Frédéric Bardeau, président et co-fondateur de Simplon.

10 avril 2020 |
#REX : changer les modalités des formations Simplon à l'heure du confinement COVID19

Vous l’avez vu passer pour nos enfants, nos étudiant.e.s et nos stagiaires de la formation professionnelle comme une évidence : tout le monde est passé au distanciel pendant la durée du confinement liée à la crise sanitaire du COVID19. Tout cela a été annoncé, tweeté et une multitude de structures ont proposé des outils, des tutoriels techniques, des plateformes, mais on a assez peu parlé des sujets de fonds qui sont les conséquences directes de ce passage à distance de formations conçues et financées comme devant être présentielles. Pourtant nous l’avons constaté : le passage à distance est plus difficile pour les personnes se trouvant dans des situation socio-économiques précaires.

En effet, en dehors des acteurs de la médiation numérique et de certaines organisations sensibles aux aspects pédagogiques, les questions qui se posent sont les suivantes :

  • Comment rester inclusifs malgré le passage au distanciel ? 

  • Au-delà des outils, des plateformes et des contenus, comment maintenir une pédagogie efficace ? 

  • Comment s’assurer que les apprenant.e.s les plus fragiles ne décrochent pas d’une formation en cours ?

A fortiori comme c’est le cas pour Simplon quand :

  • On vise des personnes pouvant avoir des difficultés à accéder à une connexion stable, à du matériel opérationnel à leur domicile et à utiliser ensuite correctement de manière autonome les outils numériques collaboratifs et enfin à monter en compétence à distance

  • On vise des personnes dont la langue maternelle n’est pas toujours le français, en situation de handicap, exposées aux risques psychosociaux ou dont le lieu de résidence n’est pas des plus propices au suivi d’une formation (centre d’hébergement, foyer, domicile sans espace où s’isoler pour suivre une formation…)

  • On a fait clairement le choix d’une approche pédagogique basée sur la pédagogie active où les apprentissages sont réalisés au travers de la résolution de problèmes et de projets en groupe et où le travail collaboratif est essentiel ;

  • On n’a pas que des formations au métier de développeur.euse mais également des programmes qui requièrent des plateaux techniques comme les formations TSSR, Cybersécurité, etc.

Et c’est là que ça tombe bien puisque c’est l’objectif de cet article !

On vous passe les détails, mais en gros dès vendredi 13 mars, on a pris la décision de passer l’ensemble de nos équipes en télétravail et toutes nos formations en France, DROM inclus, en distanciel. Pour les pays étrangers on a laissé nos partenaires ou nos filiales prendre les décisions au cas par cas en Europe, au Moyen-Orient, en Afrique et en Inde où nous sommes présents directement ou indirectement. Mais une fois qu’on avait dit ça, il fallait le faire, et le faire bien, sans laisser personne au bord du chemin et c’est là que ça se complique.

Une task force a été constituée avec des équipes d’ingénieur.es pédagogiques, de responsables opérationnels, de référent.es formateur.ices, d’équipes terrain dans les territoires et de collaborateur.ices en charge du SI Simplon, et ce pour apporter rapidement une solution globale et applicable localement en fonction des contextes, des référentiels de formation, des pays, etc.

Le premier travail a constitué à explorer le volet “technique” et “outils” et, après avoir analysé différentes solutions alternatives, la décision de capitaliser sur nos applicatifs déjà en place (suite Google, Discord et plateforme SimplOnLine) a été prise. Des applicatifs spécifiques ont été déployés en soutien ou en substitution à certains référentiels comme Git/GitHub/GitLab pour les formations développement web et web mobile ou à certains programmes comme les “Écoles Microsoft Data IA Powered By Simplon” qui ont migré sur Teams For Education que Microsoft nous a mis à disposition gracieusement du fait de notre partenariat. Mais les outils, ce n’est qu’une partie du problème…

Le “premier vrai point dur”, c’est de minimiser au maximum le nombre d'apprenant.e.s en décrochage dans le passage au distanciel. Un recensement précis des personnes qui auraient des difficultés à se connecter à Internet, à avoir du matériel à domicile en état de marche avec les bons logiciels installés, à être autonome face aux outils mobilisés pour le passage en distanciel même en début de formation a été réalisé afin d’avoir une photographie claire et d’identifier les points de blocages.Ce diagnostic a fait apparaître qu’une partie de nos apprenant.es - entre 15 et 25% - allaient éprouver des difficultés et donc qu’il fallait les accompagner. C’est en cours et c’est difficile : connecter à Internet, équiper ou fomer des apprenant.es qui ne peuvent pas sortir de chez elles.eux, sans qu’on puisse aller chez elles.eux, c’est clairement un problème. Des contacts sont pris et en cours avec Emmaüs Connect, les opérateurs de téléphonie mobile, les magasins qui vendent des clés 3/4G… avec le challenge du débit que nécessitent les outils de visio. En Afrique, le problème est encore plus complexe et onéreux… 

Pour ce qui est des ordinateurs, une première livraison a eu lieu grâce au maintien de service assuré par notre prestataire, Ecodair. Pour la médiation numérique, Simplon a la chance d’avoir lancé son programme Médiation Numérique fin 2019 et a pu mettre 3 personnes à disposition des apprenant.e.s qui en avaient le plus besoin : recensement et bientôt création de tutos, ateliers en petis groupes (5 personnes) pour apprendre à se servir des outils du distanciel et accompagnement one-on-one pour celles.ceux qui en ont le plus besoin.

Le “second point dur”, c’est d’adapter la pédagogie active par les problèmes et les projets au distanciel sans la dégrader pour des formations qui sont imaginées, conçues et déployées nativement en présentiel avec des équipes pédagogiques en chair et en os, des hommes et des femmes qui sont dans la même pièce que d’autres hommes et d’autres femmes, pour apprendre, transmettre et collaborer ensemble. Là c’était plus simple car nos équipes pédagogiques avaient déjà expérimenté des choses pendant les récentes grèves de transports, dans des formats “blended” et aussi pour gérer des temps “en mode projet en contexte professionnel” pour coller aux conditions réelles qui sont celles des entreprises où le travail à distance se fait déjà. Via des points de contacts prévus à l’avance au quotidien, des formats de journées ou de semaines types avec des rendez-vous à jour et heures fixes et des modalités de travail par projet proposées aux équipes pédagogiques qui les déploient en les adaptant à leurs apprenant.es, les premiers jours ont permis de tester et d’itérer pour trouver les bonnes configurations, et éliminer celles qui ne fonctionnent clairement pas. Le volet “accompagnement socio-professionnel” et le travail sur les techniques de recherche d’emploi, l’employabilité et les compétences transversales a été également traité pour s’insérer dans ces semaines types et constituer un programme cohérent pour les 15 prochains jours, et dont les modalités sont renouvelables pour les semaines qui suivent si le confinement se prolonge. Pareil pour les évaluations, qui sont considérées comme des levier d’apprentissage chez nous, et qui font appel à l’auto-évaluation, à l’évaluation collective, dirigée et à d’autres modalités non “sanctionnées”, et qui doivent donc trouver leur place avec le distanciel.

Si vous ajoutez à cela qu’il faut gérer le maintien d’un univers bienveillant car la pression sur les personnes et les groupes est redoublée, que certain.e.s peuvent se retrouver déstabilisé.e.s personnellement à tout moment, équipes pédagogiques comme apprenant.e.s, et bien vous avez grandeur nature un gigantesque “stress-test” pour un organisme de formation inclusif qui capitalise sur une pédagogie très efficace… mais très exigeante. C’est pour cela que les équipes du réseau maintiennent un contact pluri-hebdomadaire avec les équipes afin d’identifier au mieux leurs besoins mais aussi les solutions qui marchent ! Pour les apprenant.e.s ayant des enfants ou un.e proche dont ils ou elles devaient s'occuper, nos équipes ont su adapter les horaires, les exercices de groupe et enregistrent les sessions afin que les apprenant.e.s puissent les rattraper !

Afin d’accompagner les équipes, nous avons mis en place une formation au coaching de nos apprenant.e.s pour les accompagner dans cette période difficile. Pour les plus en difficulté d’entre eux, nous ferons également appel dans les prochains jours à la solidarité Simplon pour proposer à nos salarié.e.s qui en ont le temps ainsi qu’à nos alumni de mentorer les apprenant.e.s qui en ont le plus besoin. L’idée : les soutenir dans leur formation, leur montrer qu’ils et elles ne sont pas seul.e.s.

Donc pour dire la vérité c’est pas facile mais c’est passionnant et ça va nous rendre encore plus forts, encore plus efficaces et performants au service de nos apprenant.es et des organisations employeuses qui attendent des profils bien formés pour répondre à leurs besoins.

Bref, sacrée période ! Mais comme d’habitude, on lâche rien.

Fred (pour l'équipe Simplon)

 

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